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  • La courbe de Phillips est-elle encore un instrument d’analyse pertinent ?

    Des recherches menées récemment par le Système européen de banques centrales laissent penser que c’est le cas. Le graphique A montre les prévisions hors échantillon de la hausse de l’IPCH hors énergie et produits alimentaires, réalisées à partir d’un vaste ensemble de modèles de référence de la courbe de Phillips, dépendant des résultats effectifs de différentes mesures des anticipations d’inflation et de la sous-utilisation des capacités productives, ainsi que des évolutions des prix à l’importation. La fourchette des estimations est relativement large, indiquant une incertitude élevée du modèle. Néanmoins, au cours de la période sous revue, la dynamique de l’inflation a été relativement conforme aux résultats que cette série de modèles aurait prédits, ce qui plaide en faveur du bien-fondé de la courbe de Phillips comme modèle permettant de comprendre la dynamique de l’inflation. Cependant, l’inflation a oscillé plus près de la fourchette basse, soulignant l’influence d’autres facteurs dont la plupart des modèles considérés ne rendent pas compte. La tendance générale des différents modèles de la courbe de Phillips à surestimer l’inflation laisse penser que les modèles de référence ne permettent pas de refléter l’incidence de plusieurs facteurs, notamment une possible erreur de mesure de la sous-utilisation des capacités domestiques ou des anticipations d’inflation, un impact plus fort de facteurs mondiaux (au-delà de ce qui est couvert par les prix à l’importation) ou une modification de la réponse de l’inflation à la sous-utilisation des capacités (c’est-à-dire la pente de la courbe de Phillips). La sous-utilisation des capacités domestiques ne peut pas être observée et elle est multidimensionnelle. Considérer plusieurs indicateurs de cette sous-utilisation permet de se prémunir contre le risque d’erreur de mesure, mais cela ne l’élimine pas. Le fait que la hausse de l’IPCH hors énergie et produits alimentaires ait oscillé plus près de la fourchette basse des modèles de la courbe de Phillips pourrait suggérer que la sous-utilisation des capacités productives dans l’économie a été plus importante. En effet, le taux de chômage a diminué, mais la part des personnes sous-employées (c’est-à-dire celles travaillant à temps partiel qui souhaiteraient travailler un plus grand nombre d’heures, ainsi que les travailleurs découragés) a augmenté après la Grande récession, sans que cette évolution soit entièrement appréhendée par le taux de chômage observé. En outre, les modèles traditionnels de la courbe de Phillips, qui incluent uniquement la sous-utilisation des capacités domestiques, pourraient omettre un impact plus vaste des évolutions mondiales via la hausse de l’intégration économique et la contestabilité des marchés du travail et des biens et services. Cette théorie est difficile à démontrer de façon empirique, car on ne dispose que d’un appui limité en faveur de l’inclusion, dans les analyses de la courbe de Phillips, de mesures de la sous-utilisation des capacités de production au niveau mondial et de mesures de l’intégration dans les chaînes de valeur mondiales lorsque l’on étudie l’inflation dans la zone euro. Enfin, la surestimation de l’inflation par le modèle standard pourrait refléter une baisse des rigidités nominales imputable aux récentes réformes structurelles, telles que celles liées à la diminution de la couverture par une convention collective. Il est possible que cela ait entraîné une variation de la pente de la courbe de Phillips, mais, en pratique, il est statistiquement difficile de distinguer les modifications de cette pente d’une erreur de mesure de la sous-utilisation des capacités productives. En résumé, même si les modèles traditionnels permettent une bonne compréhension des facteurs à l’origine de l’inflation dans la zone euro, ils ne rendent pas totalement compte de la complexité de l’environnement économique actuel dans la genèse de l’inflation. Néanmoins, le sous-emploi des capacités productives reste un facteur pertinent et, dans la zone euro, le rebond de l’activité économique devrait faire progressivement remonter l’inflation sous-jacente.